Interview Alphonse Arias

Alphonse arias

Un pêcheur poète, voila ce qui caractérise Alphonse Arias, peu avare de conseils, il décrit dans ses livres les techniques qu’il applique sans aucune censure ! Puisse sa magie des eaux folles perdurées encore longtemps….

Alphonse Arias

Le Pétsu : Bonjour Alphonse Arias, tout d’abord, il serait bon que tu fasses une petite présentation.
Alphonse Arias: la pêche, notamment celle de la truite me passionne depuis plus de 55 ans (j’ai fait ma 56ème ouverture en mars 2013 !)
Cette passion n’a pas pris une seule ride et je pars souvent comme un gamin qui prend ses premières truites.
Je pense que c’est une chance immense !
J’ai goûté aux compétions pyrénéennes, nationales et mondiales et au plaisir d’écrire pour partager mes idées et faire rêver les pêcheurs.  
 
Le Pétsu : comment as- tu débuté la pêche ?
Alphonse Arias: c’est un oncle qui m’a acheté la première canne à pêche ; je devais avoir 4 ou 5 ans.
Mon grand-père me promenait sur les bords du Salat à Saint-Girons, haut lieu de la pêche de la truite, surtout en ce temps-là et jusqu’en 1970. J’habitais à 100 m de la rivière et les pêcheurs ne manquaient pas. J’étais attiré comme un aimant vers eux et insatiable. Je ne voulais pas rentrer à la maison… 

Le Pétsu : Basé dans la région Sud Ouest, quelles sont tes rivières de prédilections
Alphonse Arias: j’ai longtemps pêche le fleuve Garonne et son gros affluent la Neste, du temps de leur jeunesse, j’oserais dire !
Bien sûr, j’ai parcouru toute la chaîne des Pyrénées et privilégié les grandes rivières. Ces dernières, un peu partout sur la planète, paient un lourd tribut à la dite « civilisation ». L’environnement ne m’y séduit plus et la qualité des truites non plus !
La pêche doit rester un plaisir et, pour cela, j’ai jeté mon dévolu sur les cours d’eau, moyens ou petits, ceux qui sont moins perturbés par l’hydroélectricité et dont la qualité de l’eau est bonne. J’ai un faible pour un environnement de qualité et des truites autochtones de légende, même si leur taille reste modeste, compte tenu d’une croissance bien plus lente. Je me rapproche donc des secteurs en gestion patrimoniale.

Le Pétsu : Quelle est la technique de pêche que tu affectionnes  le plus, et surtout ce qui te pousse à la pratiquer.
Alphonse Arias: je pratique plusieurs techniques et plusieurs poissons, dans les eaux vives et dans les lacs. C’est le secret de Polichinelle si je dis cependant que je préfère la pêche de la truite au toc…
C’est ma pêche du commencement, comme elle a été la pêche du commencement des premiers pêcheurs à la ligne.
Elle n’est pas plus facile qu’une autre technique, au contraire ! Le toc mérite respect, ce sont les racines du pêcheur à la ligne…
Alphonse Arias

Le Pétsu : Sur toutes tes sorties pêche, en as- tu une qui te reste gravée dans la tête et pourquoi ?
Alphonse Arias: j’ai des tas de sorties pêche en mémoire ! J’en ai écrit un certain nombre dans les 2 tomes de « Ma vie de pêcheur » Cette vie de bohème halieutique, d’aventures en aventures, de rêves en rêves m’a comblée et me comble encore au plus haut point !
J’ai essayé plein d’autres loisirs ou sports. J’ai tout arrêté pour me consacrer à la pêche, sauf les randonnées en montagne. Vous avez compris que c’était grâce aux torrents et aux lacs d’altitude…
Voici une sortie pêche mémorable : « Début octobre 2012 nous partons pour un lac de montagne et ses 3 h 30 de montée, Isabelle et moi. En chemin, nous trébuchons sur des cèpes magnifiques. Nous n’en cueillons que 3 kg pour ne pas alourdir nos sacs à dos. Nous passons une journée magique dans un cadre grandiose. Vers 17 h Isabelle me propose de descendre avant moi car je marche bien plus vite. Elle veut continuer la cueillette avant la nuit. C’est d’accord, je descendrai vers 18 h pour profiter du jour, moi aussi, afin de chercher encore quelques cèpes et lactaires.
Je me retarde quelque peu en bavardant avec deux randonneurs et un couple de pêcheurs à qui j’offre d’ailleurs des champignons… J’emprunte ensuite le sentier de rando et j’avale les lacets comme un fou au risque de me casser quelque chose. Une heure plus tard, j’arrive dans la forêt, là même où le chemin retrouve le torrent. Je cueille des cèpes d’une rare beauté et des sanguins dont Isabelle raffole.
Je prends conscience que la nuit va tomber alors que je suis à 2 h de marche rapide du camping-car. Je presse le pas, je cours, je vole avec un sac à dos lourd et en prime une grande poche de champignons ! Je sors de la forêt et j’aperçois le lac inférieur qui fait 2 km de long et que je dois longer. Ensuite, j’ai encore une bonne demi-heure sur une large piste. Il fait nuit. J’ai l’alternative de m’arrêter au refuge. Une dizaine de pêcheurs de la fédé 65 s’ y sont installés jusqu’à demain. Ils vont bien avoir une frontale à me prêter… Avec Isabelle nous avons oublié les nôtres !
Je décide de ne pas m’y arrêter. Cela va encore me prendre du temps, le refuge étant  très à l’écart du sentier, et puis il faut le temps de saluer la douzaine d’administrateurs de la fédé 65. Isabelle doit se faire les yeux à l’envers ! Décidemment, je lui en aurai fait voir depuis plus de 30 ans avec mes prolongations des parties de pêche ! Je parie qu’elle est partie à ma rencontre avec les lampes frontales…Je suis à un peu plus de ½ heure du parking. Je cours sur cette large piste assez claire, chargé comme un mulet… Je ne vais pas tarder à voir une lampe. A chaque méandre, je m’attends à cela. 
En vain ! Je fais une fixation sur Isabelle qui a probablement alerté les gardes du Parc National, la gendarmerie ou l’ONF ! Je me rapproche du but, connaissant parfaitement la large piste, heureusement propre et sans gros cailloux. Mon amie la lune - nouvelle cette nuit-là - m’a laissé tomber. Je n’y vois pratiquement pas, bien que mes yeux se soient habitués à l’obscurité…
Je suis surpris qu’Isabelle ne soit pas venue à ma rencontre. J’arrive à une centaine de mètres du grand parking. Le camping-car est éclairé. La porte est ouverte et Isabelle se trouve devant. Je presse le pas comme un imbécile alors qu’elle m’a vu.
Elle a le visage tuméfié, la lèvre inférieure ouverte et du sang partout, sur  le visage, sur les mains et les habits ! Je m’efforce de ne pas paniquer. Elle m’explique sa chute dans un ravin près du torrent alors qu’elle trouvait des cèpes. Elle rajoute en articulant lentement que si nous avions eu nos talkies - walkies nous aurions pu nous retrouver et cheminer ensemble… Elle vient d’arriver au camping-car il y a seulement quelques minutes ! Bien évidemment, elle pensait que j’y étais déjà car elle s’était retardée à cause de la cueillette !
D’innombrables fines bulles de champagne montent le long des verres. L’odeur de la cuisson des cèpes, des lactaires délicieux et des ombles chevaliers dont les vapeurs se mêlent délicieusement nous met dans un grand appétit, décuplé par le souvenir des dernières émotions vécues…
Ce réveillon au champagne, car s’en était un, dans un petit coin merveilleux de montagne, sous un ciel pur aux milliers d’étoiles a été le meilleur. Celui dont on se souviendra toujours !
Isabelle, qui revient de loin, en a gardé des traces pendant de longs mois… » 

Le Pétsu : Et enfin, que penses- tu de la législation Française concernant la pêche en première catégorie ?
Alphonse Arias: la réglementation est horriblement compliquée ; la loi pêche, en fait, est relativement simple, mais comme chaque fédération départementale peut faire des modifications  restrictives, c’est la bouteille d’encre ! Si ça continue, il va falloir emporter à la pêche un ordinateur.
C’est dommage, car tout cela va à l’encontre du recrutement de pêcheurs et du maintien des pêcheurs existants…

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