La truite et son habitat.


Tout être vivant a besoin pour vivre dans de bonnes conditions d’un ensemble d’élément qui lui est propre. La truite ne déroge pas à cette règle, et si souvent nousentendons parler de qualité d’eau, ce critère à lui seul ne suffit pas à abriter nos truites.

Pour abriter des truites communes (Salmo trutta fario), il faut que le milieu possède une capacité d’accueil suffisante qui est déterminée par cinq critères fondamentaux qui sont :

  1. Une eau de qualité avec un débit suffisant et une température relativement basse (une eau trop chaude est un facteur limitant au maintien des truites, 26° est une température mortelle pour la truite fario, elle meurt d’asphyxie par manque de dioxygène dissout dans l’eau).
  2. Une alimentation pouvant satisfaire toutes les classes d’âge, de l’alevin à la très grosse truite (zooplancton, larves diverses, poissons fourrage comme le vairon).
  3. Un profil du cours d’eau permettant aux truites de se cacher (berges creuses, chevelu racinaire des arbres de la ripisylve…).
  4. De zones de frayères dont le substrat est composé de graviers d’une granulométrie de 1 à 4 cm, propre et non colmaté.
  5.  La libre circulation permettant la montaison des géniteurs et l’avalaison des juvéniles.


Si un de ces facteurs est dégradé ou absent, la capacité d’accueil est altérée et l’effet sera visible sur les populations de truites et sur les espèces dont les exigences sont similaires (vairon, chabot, loche ….)

Une gestion cohérente de l’ensemble de ces facteurs déterminera la capacité d’accueil pour la truite fario, sans oublier qu’il faut quelques connaissances en termes de biologie et d’écologie du poisson concerné.

Le cycle biologique de la truite

le fraie des truites

Le frai
 La  fin novembre et la première quinzaine de décembre, en cours d’eau de première catégorie, marque le début du fraie. Les truites se rassemblent alors sur les frayères pour assurer la pérennité de l’espèce. En relation directe avec les différents facteurs constituants la capacité d’accueil, une truite est plus ou moins féconde. Plus la qualité d’accueil est optimale, qualité d’eau, nourriture abondante et nombreuses caches, plus la truite sera féconde (en moyenne 2000 ovules par KG de poids) d’où la nécessité de protéger et de gérer au mieux nos cours d’eau. Un mâle dominant prend possessions de la frayère et chasse tous les intrus s‘approchant de son territoire. Les femelles creusent à grand coup de caudale une excavation dans le gravier pour y déposer ses ovules que le mâle féconde en libérant sa laitance en pleine eau (il est scientifiquement prouvé que la fertilisation est proche de 90%). Ce sont maintenant des œufs, et la femelle les recouvre de gravier, pour les protéger des courants et prédateurs, sur une profondeur d’environ 4 centimètres.

Les conditions pour une frayère fonctionnelle :

  • Une granulométrie comprise entre 1 à 4 cm.
  • Un courant assez rapide qui permet une bonne oxygénation et empêche le colmatage.
  • Une profondeur allant de 10 à 50 centimètres.
  • Une température de l’eau comprise entre 5° et 9°.

Les embryons se développent dans le gravier, la granulométrie permet à l’eau de circuler et d’oxygéner les œufs. Ce temps d’incubation est exprimé en degré/jour, environ 420°jours, soit par exemple 60 jours à 7°, ou 70 jours à 6° (60x7=420 ; 6x70=420), mais en torrent de montagne, avec une eau à 4°, le temps d’incubation sera plus long, 105 jours ! Et toujours enfouit dans le substrat, d’où la nécessité de ne pas marcher dans l’eau lors de l’ouverture de la truite en première catégorie !

L’éclosion se fera sous le gravier ou l’alevin sera nourrit grâce au sac vitellin relié à son abdomen. Il y restera jusqu’à l’émergence, soit jusqu’à la première quinzaine d’avril (en fonction de la température de l’eau)

anatomie de l'alevin de truite

L’émergence et la prise de territoire

Les truites ont un mode de reproduction très protégé, et après être resté dans l’univers protecteur du substrat, les alevins vont sortir de leur gravier, c’est la période d’émergence. Dans un milieu qui rassemble toutes les conditions nécessaires, on estime à 70% le nombre d’œufs arrivant au stade de l’émergence. Mais là commence un véritable combat pour la survie, il faut que les alevins trouvent leur nourriture, évite les prédateurs, affrontent le courant. Seuls les plus forts et donc dominants résisteront à cette première sélection, la plupart des alevins dévaleront et finiront par disparaitre. Seul 10% de ces alevins se sortiront d’affaire à ce stade, cet effectif s’ajuste donc à la capacité d’accueil du milieu.

La croissance et la prise de territoire

La croissance des jeunes truites est assez rapide, elle est étroitement liée aux ressources alimentaires du cours d’eau. Des disparités de taille peuvent être constatées à l’automne en fonction du nombre d’individus, de la date de ponte, le fraie pouvant s’échelonner sur un mois et les sujets nés les premiers sont souvent les dominants et ont une croissance plus rapide. Les truitelles d’un automne seront nommées 0+.

le substrat d'une rivière

Leur habitat préférentiel est constitué de milieu peu profond avec un courant moyennement rapide, un fond avec une grande diversité, de nombreuses caches de nombreux abris ou les truitelles pourront trouver refuge, les racines des arbres, les berges creuses et tous les obstacles leur permettant un isolement visuel vis-à-vis de leurs congénères. Le territoire de chaque individu est étroitement lié à cet isolement, c’est donc avec des conditions optimales que la densité optimale de truitelles à l’automne sera constatée. Les ruisseaux de têtes de bassin, dénommé le chevelu, offrent cet habitat idéal aux truitelles, il est primordial de les préserver de tous recalibrages et agressions diverses qui ont un effet catastrophique sur la densité de truitelles et donc sur la quantité d’individus dans les rivières en aval. Il faut garder à l’esprit cette citation : »se sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières »


Répartition territoriale et croissance.

Après une première année de croissance dans le chevelu ou à proximité des zones de frai, les truitelles vont avoir de nouveau besoins alimentaires et vont les rechercher plus aval, c’est la dévalaison. Elles libèrent alors les zones de frai pour les générations futures. Les truites doivent impérativement optimiser leur bilan énergétique, c’est-à-dire que l’énergie dépensée pour capturer une proie doit être compensé par l’énergie apportée par cette même proie, ce facteur les pousse à élargir leur territoire de chasse, ce comportement territorial à un rôle régulateur sur les populations de truite. La compétition entre chaque individu entraine une mortalité qui ajuste cette population en fonction de la capacité d’accueil de chaque cours d’eau.

Plus un milieu est diversifié, sain, avec un débit d’eau suffisant et de bonne qualité, plus la population de truites sera importante, la taille du cours d’eau jouant lui aussi un rôle bien évidement. Mais quoiqu’il en soit, la population totale de truites est limitée en fonction de la capacité d’accueil du cours d’eau, qui doit être capable de satisfaire aux exigences de toutes les classes d’âge.

La rivière n’est donc pas un réservoir à poisson, ou le simple fait d’ajouter des poissons donnera l’illusion d’un bon fonctionnement, bien comprendre le fonctionnement de la rivière permet de déterminer sa capacité d’accueil, et le fait d’avoir un alevin sauvage plus un alevin d’élevage ne donne pas deux truites adultes dans la rivière.

doron la Neuvache

Pour les truites qui arrivent à l’âge adulte (1+, 2+), la maturité sexuelle est effective à trois ans pour les femelles et deux ans pour les mâles, elle constitue l’étape ultime du cycle biologique qui induit un comportement migratoire (le gamotropisme) qui pousse les truites de leurs zones de grossissement aux zones de frayères. Les mâles sont très agressifs et défendent alors les meilleurs postes. Cette compétitivité s’exerce aussi entre les différentes classes d’âge, même si c’est dans une moindre mesure, les truites n’occupant pas les mêmes postes. Les truites adultes préfèrent une hauteur d’eau plus importante, et un courant assez lent, elle est toujours en fonction de l’équilibre de leur bilan énergétique. Elles affectionnent les parties ombragées, prés des berges ou dans les berges creuses.

En conclusion

Pour assurer une population de truite équilibrée et dynamique, trois fonctions essentielles sont exigées:

  • La reproduction
  • L’éclosion (incubation, éclosion, résorption de la vésicule vitelline et émergence)
  • La croissance, qui commence dès l’émergence

Le cours d’eau devra donc répondre à toutes ces exigences pour accueillir une population de truites saines, toutes altération du milieu entraine un disfonctionnement de la population, et ce jusqu’à la disparition totale dans certains cas graves, qui sont de plus en plus fréquent.

En fonction du respect de ces conditions biologiques nécessaire à la vie de la truite, un milieu peur être classé de la sorte :

 - Conforme si le milieu permet une bonne réalisation chronologique de chacune de ces fonctions vitales.

- Perturbé si une des fonctions vitale est plus ou moins compromise.

- Dégradé si l'état du milieu interdit la réalisation d'une fonction vitale, interrompant ainsi le cycle de vie.

Fort de toutes ces connaissances, il parait évident que la mode du no kill (parcours pas tuer), de l’alevinage et soutiens quelconques ne sera d’aucune utilité. Seul le travail sur le milieu apporte une solution à long terme, le reste n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois !

 

Xavier HUDRY

Avec mes remerciements à Jack Tarragnat pour son aide.

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