Pêcher la truite au vairon manié, à la recherche des belles...

Marine HUDRY et une belle prise au vairon

Parmi toutes les techniques qui existent pour la pêche de la truite, s'il en est une qui est à privilégier pour la recherche de beaux poissons, c'est celle du vairon manié. Pêche itinérante, elle est adapté à toute taille de cours d'eau et peut même être pratiquée dans les lacs de montagne.

Tous les adeptes de cette pratique vous le diront, il faut avoir le cœur bien accroché car la taille des prises et la violence des attaques que subit le vairon ne laissent vraiment pas indifférent ! Petit guide d'initiation à cette pêche subtile et passionnante…

Mais, avant toute chose, réfléchissons un peu à ce que représente le vairon pour la truite. Espèce accompagnatrice de dame fario, ce joli cyprinidé constitue pour elle un poisson fourrage de premier choix. Il est présent en abondance toute l'année (même s'il vit caché lors de la mauvaise saison) et surtout sa taille (par rapport aux autres proies habituelles des truites) en fait une grosse bouchée calorifique à souhait. Au final, le rapport entre l'énergie à dépenser pour s'en saisir et celle ingérée joue tellement en faveur de la truite qu'on comprend alors pourquoi il s'impose naturellement pour séduire les plus belles mouchetées.

Compte tenu du fait que l'on touche du beau poisson avec cette technique, le matériel se doit d'être résistant. Toutefois, n'allez surtout pas croire que c'est une pêche qui manque de finesse ! Car avant d'arriver à l'étape du combat, il est nécessaire présenter le vairon dans les meilleures conditions possibles. Cela passe par deux types d'informations que l'équipement doit retranscrire : d'une part la transmission des animations données par le poignet à la monture et, d'autre part, le ressenti du milieu dans lequel elle évolue (fond sablonneux, blocs rocheux…).

La canne, tout d'abord. C'est l'élément le plus important. Elle doit être raide et avoir une longueur comprise entre 2,70 et 3,40 m (2,70 m pour les ruisseaux, 3,00 m pour les rivières moyennes et 3,40 m pour les cours d'eau larges). Il en existe une multitude sur le marché dans une gamme de prix variant de 30 à 150 €. La différence viendra principalement de la " clarté " avec laquelle vous ressentirez votre monture. Une canne passe partout est un modèle où le porte moulinet assure un maintien efficace du moulinet, ayant au moins 7 anneaux pour un modèle de 3,00 m et d'une puissance comprise entre 5 et 20 g.

Le moulinet quant à lui, sera du type lancer léger (environ 250-300 g) et devra impérativement avoir une vitesse de récupération d'au moins 65-70 cm / tour de manivelle. Il est nécessaire de vérifier l'équilibre avec la canne de manière à ne pas " fausser " l'action de cette dernière et qu'il possède un frein progressif irréprochable. Il sera garni d'un nylon de bonne facture en 20/100 de couleur fluo ou non. Ma préférence va au fluo car il permet une excellente visualisation de l'emplacement de la monture (facilitant ainsi l'exploration des caches), ce qui s'avérera déterminant lors du ferrage. Pour répondre par avance aux remarques des " fluo-sceptiques ", je n'ai à ce jour pas constaté de différences manifestes entre l'utilisation d'un fil classique ou fluo. Néanmoins, j'utilise systématiquement un bas de ligne transparent d'une longueur comprise entre 40 et 80 cm (40 cm en début de saison puis je l'allonge au fur et à mesure que les conditions deviennent difficiles) relié au corps de ligne par un petit émerillon baril. Le diamètre sera en début de saison en 18/100, puis 16/100 à partir d'avril, pour finir en 14/100. Même si l'eau est basse, il ne faut jamais descendre en dessous car le risque de casse au ferrage ou sur le rush d'un beau poisson est alors trop grand

Il convient, enfin de terminer cet équipement par les indispensables montures. Il en existe une multitude que l'on peut classer en trois catégories : celles à plombée externe en tête, celle à plombée interne et les mixtes combinant les deux premières (la plombée de tête étant en général articulée).

Les premières sont bien adaptées aux zones à fort courant ou profondes (bohémienne, monture Drakovitch…), et permettent une prospection proche du fond. Les montures à plombée interne, comme la godille ou la monture Plasseraud conviennent bien au zone à courant faible ou moyen et relativement peu profondes

Les mixtes (monture Lardy par exemple) possèdent l'énorme avantage de pouvoir changer la chevrotine de tête et sont ainsi adaptables à plusieurs postes en ayant l'évolution douce des plombées internes et tout ça sans devoir remonter un vairon. Et s'il est une chose importante concernant la pêche au vairon, c'est l'adaptabilité des montures aux postes pêchés. Il est en effet utopique de croire qu'on pourra pêcher avec une efficacité maximale tous les postes avec une seule monture. C'est vrai que vous prendrez toujours un peu de poisson, mais seul un modèle permettant une présentation adéquate du vairon mettra toutes les chances de votre côté.

Pour débuter, la godille est un bon compromis, car d'une part elle est facile à trouver chez tous les détaillants et, d'autre part, elle possède un petit disque en rhodoïd qui confère au vairon une nage frétillante des plus attractives juste en la ramenant plus ou moins lentement. Voilà qui, avant d'être plus expert, va faciliter grandement le travail d'animation !

Maintenant que l'équipement est au complet, Ah non… j'oubliais l'épuisette une petite pliable rangée dans une poche ou une plus grande suspendue dans le dos conviendront parfaitement. Donc maintenant que l' équipement est vraiment au complet et que vous vous êtes procuré quelques vairons (7-8 suffisent pour une demi journée de pêche où " ça mord ") vous voilà au bord de votre rivière préférée et vous vous posez la question : " Mais comment que ça se monte ce foutu machin ?!

Pas de panique… si vous avez pensé à emmener une aiguille à locher et quelques cure-dents ! Il faut commencer par enfiler l'aiguille à travers le vairon de la bouche vers l'orifice uro-génital, puis passer la pointe du bas de ligne dans le chas de l'aiguille (au préalable une godille aura été placée sur le nylon) et faire ressortir le tout du vairon. Il suffit juste de nouer un petit triple (taille n°8 à 14 selon la taille du vairon) puis d'enfoncer la godille dans la gueule du vairon et de planter dans la tête les deux petits crochets maintenant bien en place le vairon sur la monture. Je profite de cette explication pour vous livrer une petite astuce bien pratique pour éviter que le vairon " se tasse " sur le triple et ait une forme recroquevillée du plus mauvais effet. Pour supprimer ce phénomène il suffit d'insérer en force la pointe d'un cure dent dans le trou axial de la godille. De cette manière, lorsque que l'on donne un petit coup de scion, la force qui s'exerce s'applique au niveau de la tête de la godille et non au niveau du triple.

Puisqu'on parle de berge opposée, cela me fait penser au sempiternel syndrome du même nom et qui veut que le poisson soit toujours de l'autre côté du cours d'eau. En réfléchissant deux secondes, on s'aperçoit très vite que si l'on était de l'autre côté, la rive sur laquelle on se trouve deviendrait la berge opposé, donc avant d'attaquer la rivière dans toute sa largeur, il se révèle souvent très intéressant de faire quelques lancers en parallèle à la berge, juste histoire de voir…!

Donc, je disais, vous voilà au bord de votre rivière avec une monture prête à entrer en action et prêt à lancer. Concernant ce dernier justement, les lancers classiques (revers, coup droit, balancé, en cloche…) conviennent tous mais j'avoue avoir un faible pour le revers et le balancé car ils permettent une arrivée plus discrète de la monture dans l'eau. La pêche pourra se faire vers l'amont, de manière à faire dériver votre vairon dans les veines de courant et entre les rochers, ou vers l'aval, le lancer se faisant droit en direction de la berge opposée, ce qui avec la force du courant va contraindre votre vairon à faire un arc de cercle à travers la rivière pour revenir de votre côté.

Mais revenons à nos affaires, dans " pêche au vairon manié " il y a " manié ", ce qui signifie, pour ceux qui ne l'aurait pas encore saisi, que c'est une pêche active ! En effet, c'est la dextérité du poignet du pêcheur combinée à sa créativité qui vont donner vie au vairon et lui faire adopter l'attitude d'un poissonnet à l'agonie ou malade. Pour ce faire, il faut enchaîner des séries de tirées/lâchés d'amplitude variée, des changements de direction, des accélérations et des ralentissements, ou encore des tremblements sur place. Au début, ces gestes ne sont pas innés, il faut " réfléchir " pour les exécuter mais au bout de quelques sorties les automatismes se mettent en place et on peut alors pleinement se concentrer sur l'approche des postes. En résumé, plus l'animation sera variée (sans trop en faire non plus), plus vous aurez de chance de séduire une truite car vous augmenterez la probabilité de trouver le comportement qui lui plaira.

La touche est en règle générale très franche, presque au point de vous arracher la canne des mains si vous ne vous y attendez pas ! Je dis " en règle générale " car il arrive qu'une truite attrape le vairon et remonte dans le courant sans provoquer de secousse dans la canne. Le fil fluo se révèle alors un allié précieux car c'est en le suivant (lorsque vous ne voyez pas directement la monture) qu'il est possible de détecter ce genre de touches.

Dans tous les cas et surtout au moindre doute (arrêt, tremblotements, sensation bizarre dans la canne), ferrez ! Le ferrage doit être ferme et rapide car, d'une part, si elle a le temps de mâcher sa bouchée, la truite se rendra vite compte du subterfuge et, d'autre part, il est plus facile pour un poisson piqué au bord de la gueule de se remettre de ses émotions après avoir été relâché dans son habitat naturel. Et si, par mésaventure, les truites boudent, n'hésitez pas à insister un moment sur le poste supposé ; elles finiront à attaquer juste par réflexe d'agressivité pour chasser l'intrus qui ose venir les perturber

Voilà, vous savez tout (ou presque) de la pêche au vairon manié ! Je plaisante bien évidemment…les quelques lignes ci-dessus n'ayant aucunement la prétention de faire de vous un " vaironneur " chevronné. J'espère néanmoins qu'elles vous donneront les bases pour débuter correctement dans cette technique. En tout cas, en faisant ce choix, vous allez découvrir une pêche active, qui permet de battre du terrain, praticable en toute saison (n'en déplaise à certains… la première truite en photo dans cet article a été prise un soir de juillet par eaux basses et claires alors que le thermomètre affichait 34°C à l'ombre et une autre de 37 cm à suivi peu de temps après), qui donne de sacrées émotions (voir une truite traverser en trombes la rivière pour venir croquer votre vairon procure un plaisir indescriptible !) et beaucoup plus fine qu'il n'y paraît. Alors qu'attendez-vous ? A vous de jouer maintenant…

Jean-Benoît LAMBERT